Valls « En situation précaire » : L’art de la citation pute à clic

Rassurez vous, nous n’allons pas parler couleur politique aujourd’hui. Que j’ai de l’affection ou pas pour Manuel, on s’en fout. Par contre ce dont nous allons parler, c’est de la perte du débat de fond sur internet. J’ai décidé de choisir ce qui est pour moi un cas d’école : les citations hors-contexte de Manuel Valls.

L’affaire :

C’est ce titre du Figaro qui m’a poussé à écrire cet article :

C’est un cas un peu extrême puisqu’ici, en plus d’être présentée hors contexte, elle est fausse. Dans le contexte, ce qu’a dit Manuel Valls est « ce mandat est précaire, je suis en CDD, et le marché, c’est vous ». Le titre racoleur transforme donc ce qui est juste une boutade de Valls, en phrase de connard absolu. On pourrait se dire que c’est anodin, mais c’est typiquement le genre d’informations que notre cerveau va absorber et qui va ensuite entrer dans nos critères de jugement d’un fait ou d’une personne.

Continuons donc dans notre étude de cas.

Les citations hors contexte de manuel Valls, une impression de déjà vu.

Je vais vous demander de faire marcher un peu la machine à voyager dans le temps, nous sommes en novembre, juste après les attentats de paris. La scène est léchée, Valls face à Barthes (le présentateur du Petit Journal). « 45 minutes d’interview, plus de 5000 questions », annonce le présentateur en montrant une pile de feuille à coté de lui.

Dès le début, on demande au premier ministre une réaction à chaud sur les attentats en Tunisie. A l’heure ou il parle il n’en sait encore rien mais commence tout de même une tirade « un attentat perpétré par les ennemis de la démocratie Tunisienne » peut-être Daesh. Il marche sur les œufs. Valls est assez mauvais sur cette vidéo. Il est incapable de faire une phrase courte ou de dire des choses percutantes, j’ai regardé la vidéo de travers, mais pour la résumé, c’est beaucoup de phrases compliqué sur les principes de la république et le vivre ensemble.

A la fin, il parle » d’une certaine gravité qu’il ne le quittera plus ». Je me suis dit qu’il aura l’air bien con avec sa gravité quand il devra décorer un énième footballeur ou faire le prochain salon de l’agriculture, mais que bon, ce soir là, c’était de circonstance.

Ce n’est que le lendemain a travers la presse que je découvre la petite phrase qui aura retenu l’attention de tous :
manuel valls petit journal

http://www.canalplus.fr/c-emissions/c-le-petit-journal/pid6515-le-petit-journal.html?vid=1333987

Presque une heure d’interview, au petit journal, sur pleins de thématiques différentes, pleines de beaux principes et ce que les coupures journalistiques, les sites de presses et les réseaux sociaux, tout le monde retient, c’est la petite phrase hors contexte, qui donne l’impression qu’ils ont parlé soirée et drogue douce.

Pour moi, cela reflète bien ce qu’est devenu la politique en France.

Sur le papier, les politiques sont des gens qui aiment leur pays, qui ont un projet grandiose pour leur concitoyens. Dans les faits, c’est devenu du carriérisme, le culte de la petite phrase, du paraître. Avec la diversification des sources d’information, les armées de communicants ont investi l’Élysée. Le dernier débat présidentiel ressemblait à un show qui nous présentait un énarque gentil et normal, face à un avocat nerveux, décomplexé.

On en demande beaucoup à nos politques. On leur demande tout, on demande à NKM le prix d’un ticket de métro alors qu’elle s’en fout, l’Assemblée lui fourni une carte gratis (et tout les parisiens ont des navigos). On demande à la ministre du travail, madame El Khomri de connaître le nombre de renouvellement de tout ses  contrats, On agresse Marine Le Pen d’un « vous n’avez pas honte » tandis qu’on crucifie le père qui , têtu, refuse de revenir sur des propos qu’il a tenu il y à 25 ans. On leur demande de la répartie, de l’impro, de la récitation, de la culture générale, un bon niveau de langue,  d’être des bons leaders, d’être pédagogue et d’être proche du peuple et surtout, surtout, de ne JAMAIS dire une phrase qui pourrait être mal interprété. Cerise sur le gâteau, on leur demande même d’être des gens proches du peuple auxquels on peut s’identifier. Un vrai casse-tête.

De citations en belles images, on perd le débat de fond pour une guerre de l’image.

La relation entre journalistes et politiques est devenu assez malsaine, les journalistes sont prévenu des opérations coups de poings par SMS, ils sont trimbalés dans des bus derrière le président et campent devant les sièges des partis politique. Nombreux sont en chasse au off, à la petite phrase, au dérapage. Le but d’un journaliste intègre est d’informer ces lecteurs, bien sur. Mais il faut garder à l’esprit que ce sont les lecteurs qui le nourrissent. Un journaliste et ses dirigeants ont besoin d’audience. Et donc à l’heure d’internet, de faire quelque chose qui se retweet, qui rendra bien en miniature sur Facebook, qui se partage. Forcément on va chercher la petite phrase. Ce phénomène existe depuis longtemps et Internet  l’a empiré.

On n’attend plus des politiques un débat de fond, mais qu’ils se fassent aimer. Notre président à l’air bien grave sur les photos, derrière sa bonhomie, il doit savoir ce qu’il fait, on est content. Il rate une poignée de main, il devient un pingouin, on est moins content.

Changement de communication en lunettes (à gauche président « normal » à droite « le décisionnaire »)

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La droite décomplexée fait du footing, les « candidats anti-système » s’énervent tout le temps et prennent à parti les journalistes. Ceux qui veulent vraiment qu’on parle d’eux se retrouvent à faire des pseudo-action coups de poing, genre nettoyer des trucs, entasser des parpaings ou distribuer des tracts sur des bretelles d’autoroute.

 

Quel comportement adopter ?

Est-ce que tout ça est vraiment une mauvaise chose ?  Oui et non.

Ne nous sommes pas des mutants, nous n’avons pas de cabinet qui compilent les informations pour nous, donc forcément on a du mal à se retrouver dans le flot d’information continue qui nous arrive. C’est toujours plus facile de ce dire que Nicolas est un homme dynamique parce qu’il fait du footing que parce que il a dit qu’il voulait « restreindre les conditions nécessaires au regroupement familiale. »

Je ne crois pas qu’il existe de recette miracle pour s’affranchir des techniques de communication et je ne pense pas qu’un rejet des médias soit la solution. mais mon conseil serait de savoir être septique avant de juger » surtout quand on entend une phrase qui parait étrangement forte. Recoupons nos sources. En politique, derrière l’homme qu’on nous vends, cherchons les idées.

Maltion

3 Comments

  1. Zaragoza Philippe 20/02/2017
  2. Nivek 14/05/2017

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Léo & Maltion